Goryeosa : jeux avec paris interdits, quid du Subak-hee ?

Fiche d'identité
Titre :
Goryeosa (高麗史) — Traités/Monographies (志), vol. 85 (卷八十五), Droit pénal 2 (刑法二)
Date :
Compilation achevée en 1451 (début Joseon)
Auteurs :
Compilation officielle dirigée notamment par Jeong In-ji (鄭麟趾)
Langue originale :
Chinois classique (hanmun / hanja)
Nature du texte :
Article pénal (interdiction + peine + extension de responsabilité + exception)
Section concernée :
Goryeosa (고려사), livre 85 (권85),
禁令 (Interdictions) — passage « 博戱 賭錢物… » (jeux avec mises d'argent et de biens)
Extrait choisi
Texte original (hanja)
以博戱, 賭錢物者, 各杖一百. 其停止主人, 及出九和合令戱者, 亦杖一百. 賭飮食弓射習武藝者, 雖賭錢物, 無罪.
Traduction française
« Quiconque, à l'occasion de jeux/compétitions, mise de l'argent ou des biens (bak-hee), sera puni, chacun, de cent coups de bâton.
Les personnes fournissant le lieu, ainsi que celles qui rassemblent des gens et organisent ces jeux, seront également punies de cent coups de bâton.
En revanche, lorsqu'il s'agit de paris lors de banquets avec nourriture et boisson, de tir à l'arc, ou de pratique des arts martiaux (seup-muye), quand bien même il y aurait mise d'argent ou de biens, il n'y a pas faute. »
Contexte
Ce passage apparaît au sein d'une suite de clauses pénales (incendies, destructions de documents, puis cette interdiction, puis d'autres prohibitions). Cela explique la forme très formelle : une règle, une peine, une extension de responsabilité (hôtes et organisateurs), puis une exception.
Commentaires
Bak-hee (박희, 博戱) est un terme générique : jeux avec mises d'argent ou de biens, sans préciser lesquels.
Les trois exceptions : deux lectures possibles
Le texte établit des exceptions à l'interdiction, mais la construction grammaticale chinoise peut se lire de deux façons :
Texte clé : 賭飮食弓射習武藝者,雖賭錢物,無罪
Lecture A : Trois exceptions égales
« Pour [les paris lors de] boisson/nourriture, tir à l'arc, pratique martiale, même avec paris d'argent ou de biens, pas de faute »
- 賭飮食 : Paris festifs lors de banquets/fêtes avec nourriture et boissons → autorisés même en argent
- 弓射 : Tir à l'arc → autorisés même en argent
- 習武藝 : Pratique martiale → autorisés même en argent
Logique : « même avec argent » s'applique à toute la liste (trois activités).
Lecture B : Exception limitée + deux exceptions totales
« Pour tous les paris [avec enjeu de] boisson/nourriture [sans argent], ET POUR tir à l'arc et pratique martiale [même avec argent], pas de faute »
- 賭飮食 : Paris festifs avec enjeu de boisson/nourriture uniquement (pas d'argent)
- 弓射 : Tir à l'arc → autorisés même en argent
- 習武藝 : Pratique martiale → autorisés même en argent
Logique : « même avec argent » s'applique seulement à tir à l'arc et pratique martiale.
Quelle lecture retenir ?
En l'absence de commentaires juridiques de l'époque, les deux lectures sont grammaticalement possibles.
Lecture A (trois exceptions égales) semble plus cohérente avec la construction en une seule phrase. Si l'exception paris festifs était différente, on s'attendrait à deux phrases distinctes.
Lecture B (exception limitée + deux totales) expliquerait pourquoi les paris festifs sont mentionnés en premier : pour distinguer les paris avec enjeu limité (nourriture/boisson) des paris avec argent (tir à l'arc, pratique martiale).
Pour cette ressource, nous retiendrons provisoirement la Lecture A (trois exceptions égales), tout en reconnaissant que la Lecture B reste possible.
Distinction juridique retenue :
- Jeux avec mises (博戱) en contexte ordinaire → interdits
- Trois contextes valorisés (賭飮食, 弓射, 習武藝) → autorisés (interprétation : même avec paris d'argent)
Limites & débats
1. Terme générique, pas spécifique
Le Goryeosa emploie bak-hee (博戱), terme générique ne permettant pas d'identifier le Subak, le Taekkyon, ni toute autre forme spécifique de combat à mains nues.
2. Distinction 博 (miser) vs 搏 (frapper)
- 博 (bak) = « miser », « parier »
- 搏 (bak) = « frapper », « combattre »
Le Subak-hee s'écrit 手搏戲. Cette loi utilise 博戱 et ne mentionne donc pas explicitement le Subak-hee.
3. Texte normatif, pas ethnographique
Norme juridique, pas description des pratiques réelles. Le texte dit que ces jeux existaient et mobilisaient des organisateurs, mais ne décrit pas comment on jouait.
Le Subak-hee était-il visé par cette loi ?
Cette loi mentionne-t-elle explicitement le Subak-hee ? Non.
Permet-elle d'affirmer que le Subak-hee était interdit ? Non.
Permet-elle d'affirmer que le Subak-hee était autorisé ? Non plus.
Que nous dit-elle alors ?
Trois possibilités d'interprétation :
Scénario 1 : Subak-hee lors de banquets/fêtes
Si pratiqué lors de fêtes avec nourriture et boisson → paris autorisés, même en argent.
Scénario 2 : Subak-hee comme pratique martiale
Si reconnu comme entraînement militaire, démonstrations officielles, tests de recrutement → paris autorisés, même en argent.
Scénario 3 : Subak-hee hors de ces contextes
Si pratiqué hors banquets/fêtes ET hors pratique martiale → classé comme bak-hee → interdit.
Interprétation : Le Subak-hee lors de fêtes populaires pouvait bénéficier d'une double exception (contexte festif + dimension martiale), expliquant sa tolérance documentée dans les annales.
Biais documentaire : Les annales mentionnent le Subak-hee exclusivement dans des contextes valorisés (spectacles à la cour, banquets royaux, tests, recrutement). Les archives officielles ne documentent que ce qui relève des contextes autorisés. Si le Subak-hee était aussi pratiqué illégalement, ces activités ne seraient pas consignées. Ce silence ne prouve ni leur existence ni leur absence.
Pourquoi cette source est importante pour le Taekkyon ?
L'exception pour les paris festifs: pourquoi le Taekkyon a pu se développer dans le peuple
Contrairement au Subak-hee, le Taekkyon n'apparaît jamais dans les annales royales comme spectacle officiel. Il se développe exclusivement dans le peuple.
Contexte sous Joseon :
- Nobles boudaient les arts martiaux à mains nues (jugés vulgaires)
- Kwonbeop (chinois) confiné aux casernes, sans dimension populaire
Le Taekkyon a survécu grâce à l'exception 賭飮食 : fêtes villageoises, mariages, célébrations. Dans ces contextes, même avec paris d'argent, la pratique était légalement autorisée.
Hypothèse d'interprétation : Sans la possibilité de paris (source de gain, d'enthousiasme, d'enjeu social), le Taekkyon aurait-il suscité assez d'intérêt pour survivre de génération en génération ? Les paris créaient une valeur sociale (rivalités, prestige, récompenses) qui motivait la transmission de la pratique. Cette loi suggère que le Taekkyon a prospéré dans un espace légal mais non documenté — celui des fêtes populaires. Cela expliquerait l'absence de mentions dans les annales royales avant le XVIIIe siècle.
Limite : En l'absence de sources directes sur le Taekkyon de début Joseon jsuqu'au XVIIIe siècle, cette analyse reste une interprétation plausible, pas une certitude historique.
Conclusion
Cette loi n'établit pas de lien direct avec le Subak-hee ou le Taekkyon. Elle révèle une logique de régulation : trois contextes valorisés (banquets/fêtes, tir à l'arc, pratique martiale) où les paris sont autorisés, versus jeux ordinaires interdits.
Interprétation : Le Taekkyon aurait pu survivre dans le peuple grâce à l'exception sur les paris festifs que les mises soient de l'alcool, de la nouriture ou bien de biens plus important. Les paris créaient une valeur sociale motivant la transmission.
Limite : Sans sources directes, cette analyse reste hypothétique. Le Goryeosa éclaire le contexte légal possible, pas la réalité documentée du Taekkyon.
Pour aller plus loin
Source primaire
- Goryeosa (高麗史), livre 85, section Droit pénal 2
Que retenir de cette ressource ?
Qu'est-ce que le bak-hee dans cette source ?
- Le bak-hee (博戱) est un terme générique désignant des jeux (voire des compétitions) avec mises d'argent et de biens. Le texte ne décrit pas quels sont les différents types de jeux visés. C'est une catégorie large, pas une pratique spécifique.
Que sanctionne exactement l'interdiction ?
- Elle sanctionne le fait de miser de l'argent ou des biens lors de ces jeux, ainsi que ceux qui fournissent le lieu et organisent l'activité. L'extension de responsabilité aux organisateurs et hôtes montre que ces pratiques étaient structurées et suffisamment courantes pour nécessiter un encadrement strict.
Quelles sont les trois exceptions à l'interdiction ?
- Le texte établit trois contextes où les paris sont autorisés, même en argent : 賭飮食 : Paris lors de banquets; fêtes avec nourriture et boisson, 弓射 : Tir à l'arc, 習武藝 (seup-muye) : Pratique des arts martiaux. Ce sont des contextes valorisés par l'État (cohésion sociale, compétence militaire, formation).
Le Subak-hee était-il interdit ou autorisé ?
- Cela dépendait du contexte dans lequel il était pratiqué. Cette loi ne mentionne pas explicitement le Subak-hee. En revanche, elle établit trois contextes où les paris sont autorisés, même en argent : 賭飮食 : Paris lors de banquets, fêtes avec nourriture et boisson, 弓射 : Tir à l'arc, 習武藝 (seup-muye) : Pratique des arts martiaux. Hors de ces trois contextes : 博戱 (jeux avec mises) : interdits, sanctionnés Le Subak-hee pouvait relever de DEUX des trois exceptions : Si pratiqué lors de banquets/fêtes (賭飮食) → paris autorisé Si reconnu comme pratique martiale (習武藝) → paris autorisés. Si hors de ces contextes (博戱) → paris interdits Point important : Le Subak-hee lors de fêtes populaires pouvait même bénéficier d'une double exception (contexte festif + dimension martiale), ce qui expliquerait sa large tolérance dans les sources historiques. C'est une source de contexte légal qui éclaire les trois catégories reconnues par l'État de Goryeo, pas une preuve directe concernant le statut du Subak-hee.