Neunjireugi : les frappes poussées du Taekkyon

Sommaire

Introduction

Si vous pratiquez le Taekkyon ou si vous découvrez cet art, vous avez nécessairement rencontré le terme Neunjireugi (는지르기). C'est la caractéristique technique la plus distinctive du Taekkyon : un type de coup de pied poussant à contact prolongé.

Au-delà de l’aspect technique, le Neunjireugi est l'incarnation concrète d'une philosophie, la manifestation biomécanique du Sangsaeng Gongyeong (상생공영) — l'esprit de prospérité mutuelle et de co-développement qui anime le Taekkyon.

Pourquoi pousser plutôt que percuter ? Pourquoi maintenir le contact au lieu de retirer immédiatement ? Pourquoi utiliser des surfaces molles plutôt que dures ? Ces questions ne sont pas seulement techniques : elles sont philosophiques.

Cet article vous invite à comprendre en profondeur ce qu'est le Neunjireugi, comment il incarne le Sangsaeng Gongyeong, et en quoi il se distingue fondamentalement du Tagyeok (打擊/타격) — la percussion brève — utilisée dans la plupart des autres arts martiaux.


Qu'est-ce que le Neunjireugi ?

Définition et étymologie

Le terme Neunjireugi (는지르기) est construit à partir de Jireuda (지르다), le verbe « pousser » et du terme Neun (는) qui, sans en être complètement sûr, serait une contraction du verbe neurida (느리다) qui signifie être lent. L'idée centrale est celle de pousser, traverser et de prolonger cette action — transmettre une force qui continue à travers la cible, plutôt qu'un impact qui rebondit.

Deux modalités du Neunjireugi

Le Neunjireugi est le terme générique qui englobe l'ensemble des frappes poussantes du Taekkyon. Il se décline en deux grandes familles techniques :

Chigi (치기) : le coup percutant-poussant

Dans le Chigi, on commence à pousser avant le contact. Il y a un léger effet de percussion au moment où le pied touche la cible, mais cette percussion ne se termine pas immédiatement : elle se prolonge instantanément en poussée. L'impact n'est pas bref comme un coup sec — c'est un mouvement continu.

Jireugi (지르기) : le coup poussant pur

Dans le Jireugi, il n'y a pas d'effet de percussion initiale. Vous posez votre pied sur la cible — ou vous l'amenez au contact de manière très contrôlée — puis vous poussez. C'est une poussée pure, comme si vous déplaciez un meuble lourd : vous appliquez une force continue plutôt qu'un impact bref.

Caractéristiques biomécaniques du Neunjireugi

Que ce soit en Chigi ou en Jireugi, le Neunjireugi présente des caractéristiques biomécaniques spécifiques qui le distinguent radicalement de la percussion brève :

Contact prolongé

Le pied ne rebondit pas sur la cible. Il reste en contact pendant toute la durée de la poussée. Ce contact prolongé permet un transfert d'énergie continu : vous ne lancez pas toute votre force en une fraction de seconde, mais l'appliquez dans la durée.

Poussée continue

La force ne culmine pas au moment de l'impact pour s'éteindre immédiatement. Elle s'applique de manière continue : vous poussez, maintenez la pression, accompagnez le déplacement de l'adversaire. C'est un flux de puissance plutôt qu'un pic de puissance.

Énergie structurelle

Dans le Neunjireugi, ce n'est pas seulement votre jambe qui frappe. C'est tout votre corps qui pousse. L'énergie ne vient pas de la vitesse du segment (comme dans un coup de pied fouetté), elle vient de la structure : vos appuis au sol, votre bassin, votre tronc, tout participe à transmettre la force.

Cette énergie structurelle est générée par le cycle Gumshil-Neungcheong : vous accumulez de l'énergie dans la phase de préparation (Gumshil), puis vous la délivrez de manière continue dans la poussée (Neungcheong).

Surfaces molles

Pour permettre ce contact prolongé sans traumatiser l'adversaire, le Neunjireugi utilise des surfaces molles du corps :

  • Balbadak (발바닥) : le plat du pied, surface charnue large qui répartit la pression
  • Balgarak (발가락) : le dessus des orteils tendus, face dorsale souple (peau, tissus conjonctifs, tendons extenseurs) qui se déforme légèrement au contact

Ces surfaces molles et flexibles permettent un contact prolongé confortable : vous pouvez maintenir la pression sans blesser, sans créer de point de douleur aigu qui forcerait l'interruption du contact.


Pourquoi pousser ? Le lien avec Sangsaeng Gongyeong

Rappel : le Sangsaeng Gongyeong

Le Sangsaeng Gongyeong (상생공영) est la philosophie centrale du Taekkyon. Sangsaeng (相生, 상생) signifie « vivre ensemble », « croître mutuellement ». Gongyeong (공영) signifie « prospérité partagée », « co-développement ».

Cette philosophie affirme que le combat n'est pas nécessairement une confrontation où l'un doit détruire l'autre pour affirmer sa supériorité. C'est un dialogue, une interaction où les deux participants peuvent s'enrichir mutuellement et progresser. La victoire existe — il s'agit bien d'un art martial — mais elle ne nécessite pas la destruction de l'adversaire.

Pour une compréhension approfondie du Sangsaeng Gongyeong, consultez l'article dédié : Le Sangsaeng Gongyeong – La boussole du Taekkyon

Le contexte social des fêtes villageoises

Pour comprendre pourquoi le Taekkyon a développé le Neunjireugi plutôt que la percussion traumatique, il faut revenir au contexte historique et social de sa pratique.

Le Taekkyon était traditionnellement pratiqué lors de fêtes communautaires (Dano au printemps, Chuseok à l'automne) dans un cadre ritualisé. Ces rencontres, appelées Taekkyon-hee (택견희), n'étaient pas des combats de rue ou des duels à mort. C'étaient des jeux martiaux où l'on éprouvait ses compétences dans un cadre festif et ludique.

La dimension sociale était essentielle : le lendemain, chacun devait reprendre le cours de sa vie.

Les paysans retournaient au travail des champs. Les médecins recevaient leurs patients. Les artisans reprenaient leur atelier. Les marchands ouvraient leur échoppe.

Un coup qui mettrait quelqu'un gravement hors de combat ne casserait pas seulement la dynamique de la fête : il priverait la communauté d'un de ses membres actifs, parfois pour longtemps. Dans une société agraire où chaque bras compte, où chaque compétence est précieuse, traumatiser quelqu'un lors d'un jeu martial serait socialement irresponsable.

Cette contrainte pratique a façonné profondément la technique et la philosophie du Taekkyon. Les adversaires devaient pouvoir :

  1. Continuer à jouer ensemble pendant la fête (enchaîner plusieurs rencontres)
  2. Retourner à leurs responsabilités quotidiennes le lendemain sans séquelle

Comment le Neunjireugi incarne cette philosophie

Le Neunjireugi est la réponse technique à cette exigence philosophique et sociale.

Déséquilibrer sans traumatiser

La poussée prolongée permet de faire tomber l'adversaire ou de le déséquilibrer — démontrant ainsi votre supériorité martiale — sans lui infliger un choc traumatique. Vous le poussez, il perd son équilibre, il tombe ou recule. Mais il n'a pas reçu d'impact violent qui pourrait causer une commotion, une fracture, une contusion sérieuse.

Gagner sans détruire

Vous pouvez gagner la rencontre (l'adversaire est tombé, vous êtes resté debout) sans pour autant avoir détruit l'adversaire. Il peut se relever immédiatement, continuer à participer à la fête, et le lendemain retourner au travail. La victoire est réelle, mais elle ne compromet pas la vie sociale.

C'est une martialité responsable.

KO strictement interdit : contrôle absolu obligatoire

Cette philosophie se manifeste dans une règle fondamentale du Taekkyon : dans un cadre de compétition, le KO est strictement interdit.

Vous pouvez frapper toutes les zones du corps — y compris la tête et le cou — mais vous ne pouvez pas assommer votre adversaire. Si vous provoquez un KO, même involontairement, vous êtes pénalisé.

Cette règle n'est pas une preuve de faiblesse ou un manque de courage. C'est une exigence de contrôle absolu. Le Neunjireugi devient alors une technique qui exige une maîtrise parfaite :

  • Vous devez doser votre puissance
  • Vous devez anticiper la réaction de l'adversaire pour ajuster en temps réel
  • Vous devez démontrer que vous pouvez toucher sans pour autant vouloir détruire

La maîtrise technique se mesure autant à votre capacité à déséquilibrer qu'à votre capacité à ne pas blesser.

Surfaces molles = réduction du trauma

L'utilisation de surfaces molles (Balgarak, Balbadak) plutôt que de surfaces dures (cou-de-pied osseux, talon, poing) participe directement à cette philosophie.

Les surfaces molles répartissent la pression sur une zone large. Même si vous poussez fort, la pression n'est pas concentrée sur un point minuscule qui créerait un trauma. Elle se distribue, s'amortit, se diffuse.

Cette caractéristique permet le contact prolongé : vous pouvez maintenir votre pied en contact avec le tronc ou même la tête de l'adversaire sans le traumatiser, tout en continuant à pousser pour déstructurer son équilibre.

Poussée prolongée = ajustement en temps réel

Un autre aspect important du Neunjireugi, souvent oublié : le contact prolongé permet l'ajustement en temps réel.

Dans une percussion brève, une fois que vous avez lancé le coup, vous ne pouvez plus l'ajuster. Le pied part, frappe, revient. Si l'adversaire perd son équilibre plus rapidement que prévu, tant pis : le coup suit sa trajectoire.

Dans le Neunjireugi, parce que le contact est prolongé, vous pouvez moduler en temps réel :

  • Si l'adversaire perd l'équilibre plus vite que prévu : vous interrompez la poussée
  • Si l'adversaire résiste mieux que prévu : vous ajustez l'angle, la direction, l'intensité
  • Si vous sentez que vous allez le blesser : vous réduisez immédiatement

Ce contrôle dynamique est impossible avec la percussion brève. C'est une des caractéristiques techniques du Neunjireugi pour incarner le Sangsaeng Gongyeong : vous restez responsable de votre technique du début à la fin.

Taekkyon et Taekkyon-hee : deux modalités complémentaires

Il est important de comprendre que le Taekkyon traditionnel comporte deux modalités distinctes :

Taekkyon (택견) : le « Taekkyon complet », pratique martiale complète qui inclut toutes sortes de frappes, y compris avec des surfaces dures, des techniques de projection, des saisies, et des applications martiales sans restriction. C'était la dimension guerrière du Taekkyon.

Taekkyon-hee (택견희) : le « jeu de Taekkyon », pratique ludique et ritualisée lors des fêtes saisonnières, avec le soucis de vouloir préserver la vie sociale communautaire.

Aujourd'hui, la compétition moderne de Taekkyon est l'héritière directe du Taekkyon-hee. C'est pourquoi l'apprentissage du Neunjireugi est prédominant dans la pratique actuelle : le Taekkyon se développe comme un sport éthique et responsable, perpétuant la philosophie du Sangsaeng Gongyeong tout en permettant une expression martiale authentique.

Cette approche n'exclut pas la dimension martiale complète du Taekkyon, qui continue d'être transmise et mise en avant dans d'autres courants, mais elle privilégie le cadre ludique et contrôlé qui a permis au Taekkyon de survivre à travers les siècles.


Comment pratiquer le Neunjireugi

Pour pratiquer correctement le Neunjireugi, plusieurs principes biomécaniques et techniques doivent être maîtrisés.

Gumshil-Neungcheong : charger et délivrer l'énergie

Le Neunjireugi s'appuie sur le cycle Gumshil-Neungcheong (굼실-능청) :

  • Gumshil (굼실) : phase de préparation où vous accumulez l'énergie
  • Neungcheong (능청) : phase de délivrance où vous relâchez cette énergie de manière continue et contrôlée dans la poussée

Le Neunjireugi n'est pas une contraction musculaire brutale. C'est la délivrance d'une énergie accumulée. Vous chargez dans la flexion (Gumshil), puis vous délivrez dans la poussée (Neungcheong).

Contact prolongé : le pied reste, pousse, accompagne

La différence la plus visible entre Neunjireugi et percussion brève : votre pied ne revient pas immédiatement.

Après le contact initial :

  • Votre pied reste en contact avec la cible
  • Vous continuez à pousser (vous ne relâchez pas)
  • Vous accompagnez le déplacement de l'adversaire

C'est contre-intuitif si vous venez d'arts martiaux de percussion. L'instinct est de retirer immédiatement pour revenir en garde. En Taekkyon, vous apprenez à maintenir, à suivre, à accompagner.

Contrôle total : dosage de la puissance

Le Neunjireugi exige un contrôle fin de la technique et de la poussée, surtout lorsque vous visez des zones hautes (tête, cou) qui sont en général exécutées en Chigi et donc avec un léger impact initial.

Il est à noter que les coups à la tête en compétition peuvent être saisis ; il est donc important de dégager assez de poussée pour déstructurer l'équilibre afin de revenir en garde sans se faire saisir. Malgré la vitesse incroyable de ces techniques hautes, le contrôle reste parfait.

Vous devez être capable de :

  • Toucher la tête avec le dessus de vos orteils ou le plat du pied sans traumatiser
  • Pousser le tronc avec force sans faire mal
  • Déséquilibrer l'adversaire sans le blesser

Ce contrôle se développe progressivement, par la pratique répétée, par l'écoute de votre partenaire, par l'ajustement constant.

Erreurs fréquentes à éviter

Dans l'apprentissage du Neunjireugi, certaines erreurs reviennent fréquemment :

Confondre avec percussion brève

L'erreur la plus commune : donner un coup de pied qui ressemble à un Neunjireugi mais qui est en réalité une percussion brève déguisée. Vous lancez le pied, il touche, vous retirez immédiatement. Ce n'est pas un Neunjireugi, même si vous utilisez le plat du pied ou le dessus des orteils.

Le vrai Neunjireugi maintient le contact, continue à pousser, accompagne.

Manquer de contrôle sur zones hautes

Lorsque vous visez la tête ou le cou, la tentation est de « retenir le coup » en réduisant drastiquement la vitesse et la puissance, ce qui donne une technique molle, hésitante, inefficace.

Le contrôle n'est pas l'hésitation. C'est la capacité à délivrer une technique pleine (vitesse, intention) tout en modulant finement la puissance finale pour ne pas traumatiser. Vous devez toucher avec assurance, mais douceur.

Chercher l'impact sec au lieu de la poussée

Certains pratiquants, influencés par d'autres arts martiaux mais aussi à cause d'un manque de capacités physiques (gainage, souplesse, équilibre), pratiquent inconsciemment l'impact « qui claque », le moment où ça fait du bruit, où ça a l'air impressionnant.

À l'entraînement, il est intéressant de frapper en Chigi en pleine puissance et de chercher à toujours pousser de plus en plus fort. Le bruit de la frappe peut être aussi impressionnant qu'un coup qui claque, mais il ne faut pas chercher le bruit pour le bruit et pour le spectacle — toujours se rappeler la recherche de poussée.

Frapper de plus en plus fort en poussant juste permet ensuite, en situation de compétition ou de combat libre à l'entraînement, de pouvoir doser sa force. Si vous vous entraînez toujours en faible intensité, ce dosage n'est pas possible.


Neunjireugi vs Tagyeok : deux logiques martiales

Comparaison simple

Pour bien comprendre la spécificité du Neunjireugi, il est utile de le comparer au principe martial dominant dans la plupart des autres arts martiaux de frappe : le Tagyeok (打擊).

Tagyeok (打擊, 타격) = percussion brève

Le terme Tagyeok désigne la frappe percutante. C'est le principe que l'on retrouve dans le Karaté, le Taekwondo, la Boxe, et la plupart des arts martiaux modernes.

Principe : transmettre un maximum d'énergie cinétique en un minimum de temps.

La frappe est brève, l'impact se produit au moment précis du contact, puis retrait immédiat. Toute l'énergie est concentrée en une fraction de seconde.

Neunjireugi (는지르기) = poussée prolongée

Le Neunjireugi, caractéristique du Taekkyon, repose sur un principe inverse : transmettre l'énergie de manière prolongée et continue.

Différences concrètes

Critère Tagyeok (Percussion brève) Neunjireugi (Poussée prolongée)
Durée du contact Fraction de seconde — le pied ou le poing touche et revient immédiatement Prolongée — le pied reste en contact pendant toute la poussée
Surface utilisée Dure (os) — cou-de-pied osseux, poing fermé (phalanges), talon, coude Molle (chair) — plat du pied, dessus des orteils, paume de la main
Objectif Neutraliser — mettre KO, arrêter l'adversaire, infliger un choc traumatique Déséquilibrer — faire tomber ou déplacer sans traumatiser
KO Recherché — le KO valide la supériorité technique Pénalisé — le KO révèle un manque de contrôle
Type d'énergie Cinétique — vitesse du segment qui frappe (jambe fouette, poing lancé) Structurelle — tout le corps pousse, l'énergie traverse toute la structure corporelle
Après l'impact Retrait immédiat en garde Accompagnement du mouvement puis retour en garde rapide
Philosophie Efficacité maximale, neutralisation Contrôle maximal, préservation

Les deux sont martiales, mais les philosophies sont différentes

Il est crucial de comprendre que le Neunjireugi n'est pas « moins martial » que le Tagyeok. Ce n'est pas une technique « gentille » ou « affaiblie ». C'est une autre manière d'être martial, guidée par une philosophie différente.

Tagyeok = efficacité maximale, neutralisation

Philosophie : le combat vise à mettre l'adversaire hors de combat par la supériorité technique. Le KO est l'expression de cette supériorité. L'efficacité martiale se mesure à la capacité de neutraliser.

Neunjireugi = contrôle maximal, préservation

Philosophie : le combat vise à démontrer la supériorité martiale sans compromettre la vie sociale. Le déséquilibre suffit. L'efficacité martiale se mesure à la capacité de gagner sans détruire.

Les deux sont légitimes. Les deux sont exigeants. Les deux demandent des années de pratique pour être maîtrisés.

La différence n'est pas dans la difficulté technique ou dans la « vraie martialité ». La différence est philosophique : que cherchez-vous à accomplir par le combat ? Neutraliser ou déséquilibrer ? Détruire ou contrôler ?

Tagyeok = efficacité maximale ; Neunjireugi = contrôle maximal

Si l'on devait résumer en une formule :

Le Tagyeok optimise l'efficacité : comment neutraliser l'adversaire le plus rapidement et le plus sûrement possible ?

Le Neunjireugi optimise le contrôle : comment démontrer sa supériorité martiale tout en préservant l'intégrité physique de l'adversaire ?

Ces deux optimisations produisent des techniques radicalement différentes :

  • Tagyeok → surfaces dures, percussion brève, KO recherché, retrait immédiat
  • Neunjireugi → surfaces molles, poussée prolongée, KO interdit, accompagnement continu

Ni l'un ni l'autre n'est supérieur en absolu. Ils répondent à des besoins différents, incarnent des philosophies différentes, s'inscrivent dans des contextes sociaux différents.

Le Tagyeok est adapté au combat moderne et aux sociétés modernes où tout le monde est remplaçable (sport de compétition, self-défense urbaine, efficacité recherchée). Le Neunjireugi est adapté au jeu martial traditionnel (fêtes communautaires, préservation du lien social, continuation de la vie collective).


Conclusion

Le Neunjireugi n'est pas seulement une façon de donner un coup de pied. C'est l'incarnation biomécanique du Sangsaeng Gongyeong, la manifestation concrète d'une philosophie qui affirme qu'on peut être martial sans détruire, qu'on peut gagner sans compromettre la vie sociale, qu'on peut démontrer sa supériorité tout en préservant l'intégrité de l'adversaire.

En pratiquant le Neunjireugi, vous ne faites pas qu'exécuter un mouvement technique. Vous incarnez une philosophie. Vous affirmez que :

  • La martialité n'est pas réductible à la capacité de neutraliser
  • Le contrôle absolu est une compétence martiale
  • La victoire ne nécessite pas la destruction de l'adversaire
  • Le combat peut être à la fois efficace et respectueux

Cette compréhension transforme votre pratique. Vous ne cherchez plus simplement à « bien faire la technique ». Vous cherchez à comprendre pourquoi vous la faites ainsi, ce qu'elle révèle de votre rapport au combat, ce qu'elle transmet de la sagesse ancestrale du Taekkyon.

La distinction entre Neunjireugi et Tagyeok n'est pas d'abord technique, elle est philosophique. C'est une différence de vision : que cherche-t-on à accomplir par le combat martial ? Cette question traverse tous les arts martiaux, et le Taekkyon y apporte une réponse singulière : gagner sans détruire, vaincre tout en préservant, démontrer sa supériorité tout en incarnant le Sangsaeng Gongyeong.

Lorsque vous pratiquez, ayez conscience de ce que vous faites. Vous ne poussez pas « parce que c'est la technique du Taekkyon ». Vous poussez parce que cette manière de frapper incarne une philosophie, transmet une sagesse, perpétue un patrimoine.

Le Neunjireugi fait de vous un héritier de cette tradition. Pratiquez-le avec conscience, avec respect, avec la compréhension que chaque poussée prolongée, chaque contact maintenu, chaque déséquilibre contrôlé est une affirmation : le Sangsaeng Gongyeong est vivant et il est la boussole du Taekkyon.


Aller plus loin

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Comprendre la biomécanique

A propos

Représentant Korea Taekkyon Federation France • 6ème Dan KTF • Jidosa 2ème degré

Je représente la Korea Taekkyon Federation en France et dirige la commission KTF du Centre Français du Taekkyon. Passionné de recherche historique sur les arts martiaux coréens, j'anime des stages découverte et techniques pour clubs et associations partout en France et en Europe.

Que retenir de cet article ?

Pourquoi le KO est-il interdit en Taekkyon alors qu'on peut frapper la tête ?

Comment savoir si je pratique correctement le Neunjireugi ?

Le Taekkyon traditionnel utilise-t-il uniquement le Neunjireugi ?

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